Raphaël Léger vs Victor Tamburini

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Propos recueillis par Séphora Talmud. Photos prises par Elodie Daguin.

Raphael Leger Victor Tamburini Elodie Daguin Sephora Talmud

Mêmes cheveux bouclés, même regard franc, même marinière ajustée. Ils ne sont pas frères de sang, pourtant la musique coule dans leurs veines depuis leur naissance. Ces deux auteurs-compositeurs-interprètes ont dix ans d’écart. Qui l’eût cru ? Loin des projecteurs et des vapeurs d’alcool, Raphaël Léger et Victor Tamburini se retrouvent face à face pour un dialogue informel.

La qualité que vous préférez chez un homme / chez une femme

Raphaël Léger :  L’humanité / L’adaptabilité, l’ouverture d’esprit, un rapport dénué du côté homme-femme
Victor Tamburini : La gentillesse / L’autodérision

Le pays où vous aimeriez vivre

Raphaël Léger : L’Argentine ou la France
Victor Tamburini : L’Italie ou la Suède

Votre couleur préférée

Raphaël Léger : Le rouge
Victor Tamburini : Le bleu



Raphaël Léger :
Il y a des gens qui me confondent avec toi, et c’est souvent dans des bars!

Victor Tamburini : Moi aussi ! Je me souviens, une fois, au Motel, on était côte à côte au bar et les gens nous dévisageaient. A la limite, c’est mieux quand les gens viennent te voir en faisant la remarque, plutôt que ceux qui te regardent non stop et qui n’osent pas te demander.

Raphaël Léger : Oui, c’est clair. C’était un peu notre QG à une époque, le Motel, pour les musiciens pop. Catégorie à laquelle nous appartenons. Mais en fait, on se connait par Hadrien Grange ? C’est lui notre ami commun.

Victor Tamburini : Ha oui, il était serveur là-bas.

Raphaël Léger : Oui et il joue en ce moment dans Dorian Pimpernel et Tahiti 80. Il jouait avec Fuzati / Klub des Loosers. Tu joues toujours dedans ?

Victor Tamburini : Plus maintenant, mais je jouais de la basse avec Hadrien dans Klub des Loosers, en effet. En fait, Hadrien, je le connais depuis plus de 10 ans. Il a réalisé le 1er album des Shades.

Raphaël Léger : Ha okay ! Ca fait aussi un moment qu’il est dans la sphère Tahiti 80. Il est musicien, ingé son et barman ! C’est très pratique, en plus il fait de très bons cocktails !

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Victor Tamburini : Vas-y raconte, tu as fait quoi avant ?

Raphaël Léger : J’ai suivi un cursus au Conservatoire de Rouen : piano, école de batterie, fac de musicologie, après j’ai intégré Tahiti 80, ils cherchaient un musicien qui pouvait faire de la batterie, des percussions, du clavier et chanter et il se trouve que mon profil correspondait pas mal. C’est comme ça que j’ai commencé à faire le job de musicien. Ca fait 12 ans. J’ai 37 ans.

Victor Tamburini : Tu ne les fais pas !

Raphaël Léger : Ca fait toujours plaisir à entendre ! Tu as quel âge toi ?

Victor Tamburini : 27 ans. Je crois que ça va être effrayant, parce que nos parcours sont similaires : conservatoire, violon, mais j’ai hésité avec le piano !

Raphaël Léger : J’ai failli faire du violon.

Victor Tamburini : Haha ! J’ai commencé la basse vers 14 ans. Mais la musique n’a jamais été mon activité principale. J’ai une Licence et un Master d’économie et j’ai travaillé dans la musique chez Universal au département classique. Je me suis rendu compte sur le tas que le département classique était le dernier à l’ancienne, familial, pas encore contaminé. Ensuite, j’ai travaillé chez Qobuz, un service de streaming musical.

Raphaël Léger : Et depuis, tu fais quoi ?

Victor Tamburini : J’étudie la philosophie. Mais je ne suis pas théoricien de la musique. Pour moi, la musique, c’est un truc trop direct, avec lequel j’ai un rapport immédiat, intime, que je n’ai pas trop envie d’intellectualiser.

Raphaël Léger : Et puis on fait de la musique pop, on peut l’esthétiser, mais ça doit rester frais.

Victor Tamburini : Oui. Je ne supporte pas quand certains commencent à se prendre au sérieux parce qu’ils ont écrit une chanson à peu près correcte. Ils en parlent comme si c’était quelque chose d’intellectuellement profond. Calmez-vous.

Raphaël Léger : Oui et il y a des groupes qui élèvent la pop au rang de la musique savante, ce qui est possible mais ça n’est plus de la pop à ce stade-là. C’est quelque chose de très pensé, mais on dépasse le cadre de la musique populaire, simple, directe, dans laquelle les gens peuvent se reconnaître. Quand tu pars dans des analyses pointues, tu perds le contact avec l’autre.

Victor Tamburini : Et puis tu vas être jugé selon les critères de la musique savante et ça ne rigole plus. Ce que j’aime avec la pop, c’est que c’est direct et que ça reste mystérieux.

Raphaël Léger : Ce qui est marrant, c’est que si ça marche, ça reste, sinon, tu oublies et tu passes à autre chose. C’est sans cesse en mouvement, c’est complètement prenant.

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Raphaël Léger : Quand as-tu commencé à jouer dans des groupes ?

Victor Tamburini : J’étais au collège à Paris avec Benjamin Kerber. Il m’a fait découvrir les Strokes, à 13 ans. C’était génial. En arrivant au lycée, on a formé les Shades avec son frère, Etienne, et un autre copain, Harry Allouche, à la batterie. Un an après, Hugo Pomarat nous a rejoints au synthé. Notre premier concert, c’était à la fête de fin d’année du lycée. Ensuite, comme pas mal d’autres groupes de lycées parisiens, on a joué au Gibus, au Triptyque… Notre première tête d’affiche était en 2006. J’avais une image romantique du groupe de rock ; les voyages, les rencontres, les meufs… Ca ne s’est pas tout à fait passé comme ça. C’était un peu la foire à qui va signer qui le plus vite. On s’est embrouillé avec Because Music. Ils essayaient de nous faire céder les éditions de morceaux par téléphone, on avait 15 ans.

Raphaël Léger : C’est glauque.

Victor Tamburini : On ne l’a pas fait. On a heureusement rencontré Bertrand Burgalat, on était fan de son label Tricatel.

Raphaël Léger : Je suis super fan de ce qu’il fait, j’ai eu la chance de l’accompagner un jour sur un morceau pour une émission de France Inter, j’étais très content. C’est Barbara Carlotti, avec qui je jouais à l’époque, qui nous a présentés. Et qu’est-ce qui s’est passé avec Bertrand Burgalat ?

Victor Tamburini : Il nous a signés sur son label. Le moment où ça a le plus marché, c’était avec notre premier album, vers 2008-2009, après le mouvement “baby rockeur”. Certains se sont crashés au bout de 6 mois. Ensuite notre deuxième album n’est pas passé aussi bien que prévu et on n’a pas vraiment fait gaffe.

Raphaël Léger : Et les chansons étaient en français ?

Victor Tamburini : Oui. Moi je n’écrivais pas pour les Shades, mais j’écris en français dans mon projet solo, V pour V. J’ai sorti un E.P. en 2014. Au-delà de mon cas personnel, je défends le chant en français parce que je suis persuadé que l’attention du public est différente. Il y a un réflexe lié à la compréhension immédiate. Et à l’étranger, le public aime en partie parce que c’est chanté en français.

Raphaël Léger : C’est sûr. Ils ne veulent pas un ersatz de musique anglo-saxonne. Avec Cléa Vincent, on a tourné aux Etats-Unis et c’était cool, parce que le chant en français, tu sens que c’est ça qu’ils apprécient.

Victor Tamburini : Vous, c’est qu’en français ?

Raphaël Léger : Avec Cléa Vincent, le groupe de ma copine, oui. Mais avec Tahiti 80, c’est qu’en anglais et ça a peut-être joué sur le succès international au début. A titre personnel, je préfère le chant en français. Quand j’ai commencé à écrire des chansons, c’était en anglais, parce que j’étais un peu dans le délire Tahiti 80. Mais j’ai vite senti la limite, parce que je ne suis pas du tout bilingue. Donc, quelque part, la facilité d’expression en français permet de maîtriser beaucoup plus ce que tu veux dire et la langue sonne bien aussi, elle est belle. Je fais gaffe à la sonorité des mots plus qu’à leur sens, qui peut être poétique, mais il passe après.

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Victor Tamburini : Tu as quoi d’autre comme projets ?

Raphaël Léger : Pour Tahiti 80, je suis leur batteur, on bosse les arrangements en studio, en ce moment, on enregistre un nouvel album et on va partir en tournée en 2017. A côté de ça, il m’arrive de faire de la batterie en live ou en enregistrement pour plein d’autres copains, Fugu de Mehdi Zannad, Kumisolo… Les side projects oscillent toujours, mais en général, je joue dans 5 groupes à la fois. Cléa Vincent est devenu mon projet principal, je suis beaucoup plus investi dans l’écriture. Avec Cléa, on est un peu devenu deux hémisphères différents qui sont reliés. J’écris le texte, la musique, j’arrange, je produis, c’est beaucoup plus de taff et d’investissement personnel. On va partir en tournée en 2017 et là, on travaille l’écriture du 2ème album. Ha on déménage aussi ; on rentre dans un nouveau cycle !

Victor Tamburini : Moi, en 2017, je candidate pour aller à Oxford pour y faire un PHD, j’espère faire aussi un peu de musique, et je cherche une copine, c’est un bon projet.

Raphaël Léger : Putain, mec !

Victor Tamburini : T’as une chance de dingue, tu sais ? Je n’ai jamais eu l’occasion de créer avec une copine. Il faut quand même qu’il y ait une vision et des goûts communs. Ca ne peut pas juste être: “ouais, elle chante pas mal”.

Raphaël Léger : J’en suis conscient, ce qui est super dans ce projet, c’est que l’on se rend compte que le ping pong fonctionne super bien entre nous. Je suis très content d’être l’homme de l’ombre de Cléa. Cléa est bien en front et on exploite au mieux nos qualités respectives. J’aime bien bosser en back, c’est confortable. Tu restes serein. Parfois, t’as un petit sursaut d’affect quand tu travailles avec ta copine. C’est pour ça qu’il y a plein de gens qui ne travaillent pas avec leur conjoint. Mais nous, ça nous plaît. Quelque part, travailler entre amis et en couple, c’est semblable, c’est assez naturel, tu vois ce que je veux dire ?

Victor Tamburini : Complètement. Dans les Shades, il y avait 2 frères, donc toute l’explosivité se concentrait dans ce binôme…

Raphaël Léger : Je vois. Et ils font quoi maintenant ?

Victor Tamburini : Ben Kerber a continué la musique et son grand frère Etienne va devenir rabbin. Je suis allé à ses shabbats et il rocke toujours autant !

Raphaël Léger : C’est un super nom de groupe Shabbat Rock !

Victor Tamburini : Grave. Et quand j’y vais, je mets un t-shirt Black Sabbath.

Raphaël Léger : Tu m’inviteras ? En tout cas, je suis content d’avoir passé un moment avec toi et de te connaître un peu mieux. Parce qu’à part commander des coups au Motel, on n’avait pas fait grand chose !

Victor Tamburini : Oui, on a enfin eu l’occasion de discuter. C’était intéressant.

Raphaël Léger : Très intéressant.

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++ Ecoutez la playlist de Raphaël Léger & Victor Tamburini pour Sosies en série

Séphora Talmud // Photos : Élodie Daguin.